Chaque jour, le matin puis l'après-midi, je retrouve les mêmes rochers pour y faire et refaire les mêmes motifs. Le paysage évolue pourtant. La lumière change, les marées déplacent l'attention, les saisons modifient les couleurs. Mais ces différences justifient-elles un tel investissement ?
En réalité, l'investissement n'est pas dans le sujet. Il est dans la pratique. Pour quelle raison ? Rares sont ceux qui peuvent le comprendre. Et parfois, moi non plus.
La répétition du thème permet peu à peu de se libérer des parasites. La pratique quotidienne cherche à éloigner les injonctions, les désirs et les perturbations que la société impose. Être productif, répondre à une attente, fabriquer des objets séduisants. Tout cela finit par encombrer le regard.
Je devrais peut-être me placer devant un arbre et décider qu'il sera l'unique sujet de ma peinture. Lui retirer tout intérêt particulier jusqu'à ce qu'il devienne simplement réel. Alors je pourrais peindre sans a priori, sans chercher à plaire, sans vouloir décorer.
Je peins avec la même nécessité que je respire.