J’y consacre en général une journée entière, arrivant le matin vers dix heures pour n’en repartir qu’en fin d’après-midi.
C’est un moment toujours délicat, que je choisis volontairement en fin de voyage. Les conditions doivent être réunies : une lumière claire, et surtout un temps dégagé permettant d’apercevoir l’Etna au loin.
Ici, l’architecture s’impose. Si le paysage naturel m’est plus familier, le théâtre demande une rigueur différente. La construction, les perspectives, les proportions exigent une pratique que je travaille moins, et les maladresses restent possibles — d’autant que je me refuse à passer par un dessin préparatoire.
La beauté du lieu tient autant aux ruines qu’à ce qu’elles encadrent. À travers les colonnes, les collines apparaissent. Le matin, la lumière éclaire pleinement le paysage. Puis, à partir du début de l’après-midi, le soleil se place face au théâtre, et l’Etna se découpe en contre-jour.
L’image est emblématique. Elle est devenue l’une des représentations les plus attendues de la Sicile, sans doute aussi l’une des plus peintes. S’y confronter implique une certaine audace, presque un risque.
Cette année, j’ai choisi de m’en écarter légèrement. Plutôt que de chercher à saisir l’ensemble, j’ai travaillé sur des fragments, des détails, en portant davantage mon attention sur les fonds et les structures.
Pour ces aquarelles, j’ai abandonné le carnet au profit de feuilles séparées, dans l’idée aussi de pouvoir les offrir.
Même en l’absence de figures humaines, les lignes et les volumes du théâtre créent une présence suffisante. L’architecture devient elle-même une forme d’attraction, presque une scène.